Chaque année, l’État publie une grande enquête sur la façon dont les petites entreprises utilisent le numérique : le baromètre France Num. L’édition 2026, parue le 28 septembre, dresse un tableau contrasté. L’intelligence artificielle s’installe à grande vitesse, la facture électronique s’impose dans tous les esprits, mais une partie des dirigeants doute et investit moins.
Cet article traduit ces chiffres en langage simple, et surtout en décisions concrètes pour un artisan, un commerçant ou un dirigeant de TPE.
« L’essentiel en bref - 40 % des TPE et PME utilisent au moins un outil d’intelligence artificielle, contre 26 % en 2025 et 13 % en 2024. - 71 % des dirigeants estiment que le numérique apporte un bénéfice réel à leur activité, 7 points de moins qu’en 2025. - 33 % des TPE et PME n’ont rien investi dans le numérique en 2025, soit 8 points de plus en un an. - 83 % disposent d’au moins une solution de visibilité en ligne, et 64 % d’un site internet. - 39 % ont subi au moins un incident de cybersécurité en douze mois. »
78 % ont des projets numériques pour 2026-2027, avec la facture électronique en tête (39 %).
Le baromètre France Num, c’est quoi ?
C’est l’enquête annuelle de référence sur le numérique dans les petites entreprises françaises. Elle est pilotée par la Direction générale des Entreprises, au sein du ministère de l’Économie, et réalisée par le Crédoc, un organisme d’études.
Pour l’édition 2026, 9 655 entreprises de 0 à 249 salariés ont été interrogées en ligne et par téléphone entre le 23 mars et le 18 avril 2026 : 2 869 PME et 6 786 TPE, dont 799 sans salarié.
Un point à garder en tête : la plupart des chiffres concernent l’ensemble des TPE et PME. Quand les PME, plus grandes, avancent plus vite, la moyenne cache souvent un retard des plus petites structures.
L’intelligence artificielle a triplé en deux ans
40 % des TPE et PME déclarent utiliser au moins un outil d’intelligence artificielle en 2026, contre 13 % en 2024. C’est le chiffre le plus spectaculaire de l’édition. Chez les PME, la part passe même de 34 % à 53 % en un an.
Tous les secteurs ne vont pas au même rythme :
| Secteur | Part des entreprises qui utilisent l’IA |
|---|---|
| Numérique | 72 % |
| Services spécialisés | 60 % |
| Bâtiment | 30 % |
| Transport et logistique | 29 % |
| Agriculture | 18 % |
Et pour quoi faire ? Les usages restent surtout simples :
- Générer du texte, de la voix ou des images : 34 % des entreprises.
- Discuter avec un assistant ou rechercher des informations : 24 %.
- Analyser et classer des documents : 13 %.
- Automatiser des tâches : 11 %.
Seules 19 % des TPE et PME paient un outil d’IA, 32 % chez les PME. Parmi les entreprises qui utilisent l’IA, 68 % jugent son impact positif, et 84 % parmi celles qui paient leurs outils. Le baromètre constate ce lien sans affirmer que payer suffit à obtenir de meilleurs résultats.
Ce que ça veut dire pour vous : le bâtiment et l’artisanat ont encore de la marge, ce qui laisse de la place pour prendre de l’avance. Les usages les plus utiles pour une petite entreprise sont souvent les plus discrets : un brouillon de devis, une réponse type à un client, le tri des demandes entrantes. L’IA donne le meilleur d’elle-même quand elle s’intègre à vos outils du quotidien, comme un outil métier sur mesure ou une automatisation, plutôt qu’en application isolée.
Moins de dirigeants convaincus, moins de budget
71 % des dirigeants de TPE et PME pensent que le numérique apporte un bénéfice réel à leur activité, soit 7 points de moins qu’en 2025. La baisse atteint 8 points chez les TPE, alors que les PME restent stables, à 83 %. Tous les secteurs reculent, jusqu’à 10 points dans l’agriculture et le transport.
Les budgets suivent la même pente :
- 33 % des TPE et PME n’ont rien dépensé pour le numérique en 2025, hors formation et recrutement, soit 8 points de plus qu’un an plus tôt.
- 37 % ont dépensé plus de 1 000 €, contre 42 % un an plus tôt.
Comment expliquer ce paradoxe, alors que l’IA progresse ? Le baromètre ne donne pas d’explication. Une hypothèse possible : des outils achetés sans être vraiment adaptés au métier, dont le bénéfice n’a pas été à la hauteur des attentes.
Ce que ça veut dire pour vous : le numérique ne rapporte que s’il règle un vrai problème. Plutôt que d’empiler des abonnements, mieux vaut partir de ce qui vous coûte le plus de temps ou de clients, et y répondre avec une solution ciblée. Un petit budget bien placé vaut mieux qu’un gros budget dispersé : pour comparer les options, voyez notre article Logiciel sur mesure ou abonnement : le vrai calcul pour une petite entreprise.
Être visible en ligne est devenu la norme
83 % des TPE et PME disposent d’au moins une solution de visibilité en ligne, et 64 % ont un site internet. Fiche Google, réseaux sociaux, annuaires, site : être présent sur internet n’est plus une option.
Et ce n’est pas seulement une vitrine :
- 46 % des TPE et PME déclarent qu’au moins 5 % de leurs clients viennent d’internet.
- 17 % réalisent plus de la moitié de leur chiffre d’affaires en ligne, 2 points de plus en un an.
- 34 % proposent la vente ou le paiement en ligne, en recul de 3 points.
Ce que ça veut dire pour vous : si un peu plus de six entreprises sur dix ont un site, cela signifie aussi qu’environ une sur trois n’en a pas. Pour un artisan, c’est une occasion de se démarquer de concurrents moins visibles. Un site simple, clair sur téléphone, avec vos réalisations, votre zone et un moyen de vous contacter, suffit souvent à faire la différence. Un site vitrine de cinq pages démarre à 420 €.

Cybersécurité : près de 4 entreprises sur 10 touchées en un an
39 % des TPE et PME ont subi au moins un incident de cybersécurité en douze mois. Le plus fréquent est l’hameçonnage, ces faux e-mails ou SMS qui imitent votre banque, un fournisseur ou une administration pour vous soutirer un mot de passe : il touche 18 % des entreprises.
La bonne nouvelle, c’est que la plupart s’équipent : 84 % ont mis en place au moins une mesure de protection, et dans 65 % des cas l’incident a été réglé en interne. La double authentification, qui demande un code en plus du mot de passe, est la seule mesure qui progresse, à 39 % des entreprises (+7 points).
Ce que ça veut dire pour vous : une petite entreprise n’est pas trop petite pour être visée. Trois réflexes protègent déjà beaucoup :
- Activer la double authentification sur votre messagerie, votre banque et vos outils en ligne.
- Faire des sauvegardes régulières, dont une copie hors de votre ordinateur.
- Faire les mises à jour de votre téléphone, de votre ordinateur et de votre site sans les repousser.
C’est aussi pour cela que la maintenance d’un site compte : un site non mis à jour devient une porte d’entrée.
Données, outils et compétences : le tableur résiste
76 % des TPE et PME utilisent leurs données pour piloter leur activité, d’abord avec un logiciel de gestion (51 %) et avec un tableur comme Excel (44 %). Le tableur reste donc un outil central, souvent bricolé au fil des années.
Côté compétences, le baromètre montre une forme d’essoufflement :
- 66 % des entreprises estiment disposer des compétences numériques nécessaires, 4 points de moins qu’en 2025.
- 27 % font appel à une aide extérieure, une part qui chute de 10 points.
- 21 % ont suivi une formation au numérique en 2025.
Quand elles choisissent un prestataire, 84 % des entreprises préfèrent un acteur français ou européen, et 42 % un prestataire local.
Ce que ça veut dire pour vous : si votre activité tient dans plusieurs fichiers Excel qui se contredisent, vous n’êtes pas seul, mais vous perdez probablement du temps chaque semaine en ressaisies et en recherches. Un outil adapté à votre métier peut remplacer ces fichiers, comme dans le cas de cette mandataire immobilière, dont le temps de suivi est passé de 10 à 3 heures par semaine.
Projets 2026-2027 : la facture électronique en tête
78 % des TPE et PME ont des projets numériques pour 2026 et 2027, soit 8 points de plus qu’un an plus tôt. Malgré les budgets en baisse, les intentions sont bien là.
| Projet prévu pour 2026-2027 | Part des TPE et PME |
|---|---|
| Réforme de la facturation électronique | 39 % (+11 points) |
| Achat de logiciels | 26 % |
| Formation au numérique | 21 % |
| Achat de matériel | 19 % |
| Intelligence artificielle | 18 % |
La facture électronique s’explique facilement : depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, et les TPE devront en émettre à partir du 1er septembre 2027. L’intelligence artificielle, elle, arrive en dernière position des priorités, alors que son usage progresse le plus vite : sans doute parce que beaucoup l’utilisent déjà au quotidien, sans en faire un projet à part entière.
Ce que ça veut dire pour vous : la facture électronique est le bon moment pour remettre à plat votre gestion. Si vous changez de logiciel ou choisissez votre plateforme agréée, autant en profiter pour supprimer les ressaisies entre vos devis, vos factures et votre comptabilité. Tout est expliqué dans notre article Facture électronique : ce que les artisans et indépendants doivent faire avant septembre 2027.
Ce qu’il faut retenir pour votre entreprise
Le baromètre montre deux vitesses : les entreprises qui avancent avec des outils adaptés, et celles qui doutent et réduisent leurs dépenses. Voici comment traduire les grands chiffres en actions simples.
| Le chiffre | Ce qu’il signifie | Une action simple |
|---|---|---|
| 40 % utilisent l’IA | L’IA devient un outil courant, mais le bâtiment et l’artisanat sont en retard | Tester un usage concret : brouillons de devis, réponses types aux clients |
| 71 % voient un bénéfice réel (−7 points) | Les outils mal choisis déçoivent | Partir d’un problème précis avant de choisir un outil |
| 33 % n’ont rien investi | Une partie des entreprises décroche | Prévoir un petit budget ciblé plutôt que rien du tout |
| 64 % ont un site | Environ une entreprise sur trois n’en a pas | Avoir un site simple, clair sur téléphone, avec un moyen de contact visible |
| 39 % ont subi un incident cyber | Personne n’est trop petit pour être visé | Activer la double authentification et faire des sauvegardes |
| 44 % pilotent avec un tableur | Beaucoup d’entreprises gèrent avec des fichiers bricolés | Repérer les ressaisies qui vous coûtent le plus de temps |
| 39 % prévoient la facture électronique | L’échéance de 2027 approche | Choisir sa plateforme agréée et relier ses outils |
Par où commencer avec un petit budget
Inutile de tout faire d’un coup. Le plus efficace est de commencer par ce qui vous coûte le plus aujourd’hui, en clients perdus ou en heures passées sur l’administratif :
- Vous n’êtes pas assez visible : un site vitrine clair et une fiche Google soignée sont la première marche.
- Vous perdez du temps sur des tâches répétitives : une automatisation relie vos outils, à partir d’un inventaire de 45 minutes offert.
- Vous gérez votre activité dans plusieurs tableurs : un outil métier sur mesure peut commencer par un seul module, après un relevé de 90 minutes offert.
Conclusion : le numérique rapporte quand il est bien ciblé
Le baromètre France Num 2026 raconte deux histoires à la fois. D’un côté, les usages progressent vite, l’intelligence artificielle en tête, et presque toutes les entreprises préparent la facture électronique. De l’autre, de plus en plus de dirigeants de TPE doutent de l’intérêt du numérique et coupent dans leurs budgets. La leçon pour une petite entreprise est simple : ce n’est pas la quantité d’outils qui compte, mais leur adéquation à votre métier. Un site qui vous apporte des clients, un outil qui supprime vos ressaisies ou une automatisation qui relance à votre place rapportent bien plus qu’une pile d’abonnements peu utilisés.
Pour aller plus loin :
- Digitaliser son entreprise : le guide complet 2026 pour artisans et TPE
- Facture électronique : ce que les artisans et indépendants doivent faire avant septembre 2027
- Les outils métiers ont changé : en créer un sur mesure n’a jamais été aussi simple
- Relance de devis : comment ne plus perdre de chantiers faute de suivi
- Toutes les prestations de 2M Digital



